Materia Prima

Transcriptions corporelles — Série photographique

Ventre portant une cicatrice de césarienne soulignée par une broderie de fil doré

Les cicatrices de césarienne et marques de grossesse constituent une cartographie corporelle systématiquement effacée dans l'iconographie contemporaine. Ces empreintes maternelles, paradoxalement absentes des représentations médiatiques, inscrivent pourtant dans la chair des récits de métamorphose, de résilience et de transmission.

Artiste plasticienne, photographe et mère de quatre enfants, je développe un protocole de création qui subvertit la représentation documentaire. Le processus transfigure la matérialité même de l'image : je brode sur des supports photographiques que je rephotographie ensuite, métamorphosant les cicatrices en tracés précieux de fils dorés — évocation du Kintsugi japonais où la réparation sublime l'objet brisé.

Cette pratique textile, héritage matrilinéaire, devient un acte performatif de réparation symbolique. Elle transmute les stigmates corporels en éléments esthétiques signifiants. Chaque point de broderie réinscrit ces corps dans un nouveau système de valeurs qui célèbre leur singularité et leur puissance générative.

En rendant tangibles ces transcriptions corporelles, cette œuvre interroge les politiques de visibilité du corps maternel et déconstruit les hiérarchies esthétiques dominantes. Les cicatrices, désormais ornements, deviennent les vestiges précieux d'une transformation fondamentale, invitant à reconsidérer la corporéité féminine au-delà des représentations normatives.