Jamais autant auparavant avions-nous fait l'expérience de ce que nous sommes et de ce que nous pourrions être. Circonscrits dans notre intimité, le confinement fut l'occasion de l'ausculter, d'y porter une attention nouvelle et de s'y situer moyennant de nouveaux comportements, parfois aux antipodes : repli sur soi, relâchement, introspection, lâcher prise... Les photographies de Stéphanie Pommeret en font l'inventaire, dressant ainsi une typologie des poses et d'expression dans un contexte collectivement partagé. Comme un mariage forcé, il a fallu cohabiter avec un quotidien parfois oublié, banalisé ou négligé. Pour tenir, il s'est parfois avéré nécessaire de le réinventer, le sublimer, s'en extasier : des petits riens sont devenus l'objet de toute notre attention et objet de distraction. Ainsi en est-il du regard porté sur une assiette, une fleur, les motifs d'un carrelage ou une image, lesquels, portés par une mutation de notre rapport au temps et à l'espace, prennent alors une autre dimension, qu'ils nous rassurent ou qu'ils nous transportent. Des petits riens qui nous permettent de nous décentrer, au travers desquels on s'efface un instant et qu'on incorpore. Faire corps avec son environnement, c'est disparaître un peu, prendre du recul pour mieux en prendre la mesure. S'y projeter et y être projeté, c'est un peu comme incarner la pensée Hopi laquelle n'objective pas l'univers mais en fusionne tous les éléments : de « je vois une fleur » à « je suis fleur » Se protéger c'est aussi s'effacer, se fondre dans le décor ; les camouflages exécutés font basculer le travail photographique de Stéphanie Pommeret du genre du portrait à celui du paysage dont les motifs et l'absence de limite illustrent bien ce nouveau rapport au temps et à l'espace. Dans une ambiance hallucinatoire, Stéphanie Pommeret décline un univers onirique et fantasque qui remet l'individu, pourtant central dans les images, en perspective et procède de l'évasion.
Vanessa Auclerc-Galand